La vie est une machine à tuer
La vie est une machine à tuer.
_______________________
On sonne à la porte. Depuis quelques jours, on sait qu’il faut pas répondre. Il faut pas faire de bruit et attendre. J’avais peur au début, mais maintenant c’est passé. Parce que j’ai l’impression que ça va mieux. Et pis aussi, ça devient une habitude. On sait pas quoi faire au début, et en fait c’est facile.
C’est comme la première fois où je les ai reconnus au coin de la rue. Maman m’en avait toujours parlé. Elle m’avait dit qu’il fallait toujours les éviter parce qu’ils sont méchants. Alors j’ai pris l’habitude de changer de trottoir quand j’en vois même un, de faire semblant de regarder le ciel quand ils me fixent des yeux, de courir quand ils me parlent. C’est trop facile en fait. Faut juste les repérer. Au début c’était dur parce qu’ils sont un peu partout ; alors je ne faisais pas toujours attention ; mais avec le temps on sait les reconnaitre. On les repère avec leurs habits, même si ils sont à pieds, à cheval, ou en voiture. Et puis je sais aussi que ça dépend des heures, de pleins d’autres trucs comme ça. Maintenant je les connais bien et je sais comment les éviter, « éviter pour rester », comme dit maman. Je crois qu’elle a fait quelque chose de pas bien parce que sinon on serait pas obligé de tout faire ça ; elle me dit qu’elle a rien fait, mais bon les grandes personnes, on les comprend pas trop des fois.
Ça cogne à la porte, ils veulent pas partir. Alors à l’appartement, tout le monde se cache. C’est marrant, même maman joue avec nous. Elle est dans sa chambre en train de faire semblant de dormir, mon frère est caché dans la douche, et moi, je suis sous mon lit ; heureusement que toute la famille est pas encore arrivée, je sais pas si on aurait eu assez de cachettes.



