Savoir rêver

Une toute petite nouvelle pour enfants, qui met l'accent sur l'importance de l'imagination.
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- What is now proved was once only imagin'd.

- Évidence d'aujourd'hui, imagination d'hier.

William Blake, Le mariage du ciel et de l'enfer (1790)



Savoir rêver


Il y a de cela fort longtemps, les hommes se mirent à se poser des questions, beaucoup de questions... Beaucoup trop de questions à vrai dire, si bien qu'ils n'avaient pas le temps de répondre à toutes celles qui leur passaient par la tête. Alors on décida de ne répondre qu'aux questions les plus faciles, pour gagner du temps en éspérant pouvoir répondre aux questions les plus compliquées si tôt après.


Mais comme le flot des questions ne diminuait pas, certains décrétèrent que l'homme ne pouvait pas répondre aux questions trop compliquées. Et au fil des années, ces questions qu'on ne se posaient plus parce qu'on ne pouvait de toute façon pas y répondre furent oubliées des hommes.


Cependant, le petit Guillaume s'en posait, lui, des questions compliquées. Et oui, il n'était pas un homme ; ce n'était qu'un petit garçon et quand il demanda à son père pourquoi il y avait des tremblements de terre, il ne comprit pas d'avoir pour réponse :

- Oh ça mon petit, les hommes ne peuvent pas le savoir, tu sais.

Pourquoi ne pouvait-on pas le savoir ? Personne ne savait pourquoi on ne pouvait pas le savoir, mais c'était ainsi.


Devant l'insistance de son fils, le père de Guillaume l'envoya voir son grand-père.

Le vieil homme n'avait plus toute sa tête à ce qu'on disait, mais il était gentil. Et il aimait beaucoup son petit-fils, pour lequel il passait des journées à fabriquer des jouets en bois dans l'atelier familial.

Le petit garçon lui répéta la question et le vieux sourit, avant de lui répondre qu'il n'en savait rien... Mais qu'il s'était aussi posé la question étant petit. Il avait passé tant d'années à se poser des questions qu'il avait lui aussi choisi de ne répondre qu'à celles qui étaient faciles à élucider et il avait donc fini par oublier de se poser la question des tremblements de terre. Ça ne semblait pas contenter Guillaume qui s'apprêtait à repartir avec sa question, sans la réponse en poche.

Alors, voyant la déception sur le visage du garçon qu'il aimait tant, son grand-père se ravisa et promit de trouver une réponse. Le petit Guillaume s'en alla heureux, le sourire aux lèvres.


Il revint à l'atelier le lendemain après l'école. Son grand-père avait l'air aussi enthousiaste que lui mais celui-ci lui conseilla d'aller vite faire ses devoirs ! Il lui ferait part de la réponse à sa question le lendemain, un samedi, car ils auraient alors tout le temps nécessaire pour débattre du pourquoi des tremblements de terre.

Guillaume s'en retourna sagement dans sa chambre et fit ses devoirs, même s'il faut bien avouer qu'il n'arrivait guère à se concentrer sur ses exercices.


Le soleil flottait haut dans le ciel quand on frappa à la porte des parents de Guillaume, juste après que la famille eût fini de déjeuner. C'était le vieux grand-père, qui s'empressa d'inviter le jeune garçon dans lejardin afin de lui exposer ses trouvailles. Car il en était si fier de sa réponse qu'il avait l'impression d'avoir fait une découverte majeure pour l'humanité tout entière.