Sur un air d'Orient

Au cours de son première voyage vers sa terre natale, la Syrie, Ilhem fait la rencontre dans l'avion d'un jeune français passionné par l'Orient...
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Sur un air d'Orient



C'est sur un coup de tête que Ilhem avait décidé de s’envoler pour Damas. Une correspondance à Rome et en quelques heures, elle retrouverait sa terre natale. Elle n'avait étrangement aucun souvenir de la ville si ce n'est le sourire doucement ironique des commerçants qui croisaient des touristes. Mais elle ne parvenait plus à savoir si ce souvenir était personnel ou bien si elle en avait créé dans sa tête une image postérieure à tout ce que sa mère avait pu lui décrire. Elle espérait à son tour provoquer cette même expression sur le visage des commerçants à son arrivée. Elle avait quitté la capitale syrienne le jour de ses six ans, mais rien ne lui restait, comme si le vol Damas-Paris avait tout effacé. Il avait suffi de quelques heures dans le ciel pour laisser s’envoler les senteurs orientales et ses quelques souvenirs d’enfance dans les ruelles damascènes.

Ilhem adorait les aéroports. Elle se plaisait à contempler les adieux et retrouvailles des voyageurs. De longues embrassades, quelques détours de tête, pas un regard ou encore un éclat de rire hystérique. Elle s’imaginait leur vie et ce qui les avait conduit à s’en aller puis à revenir. Personne n’accompagnait Ilhem ce jour-là, personne ne savait qu’elle partait. L’attente était longue à Roissy.


Enfin, elle se présenta au comptoir d’enregistrement :

  • Je n’ai aucun retour enregistré mademoiselle, lui dit machinalement une hôtesse, sourire aux lèvres et les yeux rivés sur son écran.

Ilhem hésita un instant, les yeux fixes, comme si elle découvrait elle-même ce qu’elle était sur le point de faire puis rendit à l’hôtesse son sourire :

  • Oui, c’est normal, je n’ai qu’un vol aller, répondit-elle timidement. Je ne connais pas encore la date de mon retour.

Elle semblait craindre que l’hôtesse puisse divulguer l’information auprès de sa famille. Elle ne s’était pas non plus encore habituée à sa toute récente majorité qui la conduisait vers sa terre syrienne sans qu'elle n'ait eu à en informer qui que ce soit. Derrière elle, un jeune homme d'une trentaine d'années attendait, deux grosses valises à bout de bras. Alors qu’Ilhem s’éloignait vers la hall du départ, elle put apercevoir le ticket que l'hôtesse venait de lui remettre : 11A. C’est avec lui qu’elle partagerait ce voyage qui lui tenait tant à cœur. Il fallait qu’il soit à la hauteur. Arrivée au contrôle, elle prit soin de glisser la clef de sa valise dans sa poche. Elle serait retardée quelques secondes, de quoi observer un instant son futur compagnon de voyage qui la suivait de près. Il sonna également. La cause : une pièce de monnaie oubliée au fond de la proche de sa chemise. Elle rougit à la seule pensée qu’il ait pu avoir la même idée qu’elle. Peut-être ne voyageait-il pas innocemment lui non plus ? Il avait toutefois l'air d'être un habitué des aéroports. Alors qu’il refermait son sac à dos, la jeune française eut le temps de voir qu’il transportait un petit guide de voyage de l’Italie. « Il s’arrêtera à Rome », pensa-t-elle, déçue. Elle avait commencé à s'imaginer que lui aussi, peut-être, se rendait à Damas pour y chercher une part de son identité, une part de lui-même dont il ne ressentait encore rien. Grand, mince, ce jeune voyageur avait un regard et un sourire bien mystérieux. Il pourrait tout à fait être un jeune italien venu passer le weekend à Paris. Non, le guide de voyage de l'Italie en français faisait penser le contraire. Ilhem n’avait vu personne l’accompagner jusqu’ici. Il voyageait seul. La jeune fille ne se lassait pas de l'observer...