Une bonne journée
UNE BONNE JOURNÉE
I – Théâtre de vies
YVARS
Ce jour là, un jeudi, ils lui avaient demandé de commencer à six heures. Il fallait commencer avant l'arrivée de l'opérateur machine. Débloquer le convoyeur de copeaux sur une machine outil, allée centrale, zone deux. Cela avait été programmé la veille, avant de quitter l'atelier.
Habituellement, Yvars embauche à huit heures. À cinq heures trente du matin, les différences de température sont plus marquées. Deux heures plus tôt que la veille, il fait froid, l'air embrumé ne sera pas chauffé par le soleil avant des heures. Il frissonne malgré son gros pull.
La voiture n'a pas démarré. Il a pris le vélo. En pédalant vite il ne sera pas en retard. Déjà ses muscles se réchauffent, sa respiration s'accélère. Il n'y a aucun trafic, seuls les grincements du pédalier l'accompagnent sur la route silencieuse.
Il pourrait être de mauvaise humeur, mais il connait l'usine à six heure du matin. L'idée de cette tranquillité le réjouit.
Toutes les machines ne fonctionnent pas encore. Au vestiaire, les gars de nuit croisent les gars du matin. Sourires fatigués, quelques mots échangés, remarques sur la pièce à usiner. Les casiers métalliques claquent, leur son aigüe résonne dans le couloir vide et froid.
Il sifflote sur son vélo, à l'idée de commencer tôt, de bonne humeur.



